Les principales familles fondatrices et actionnaires du Passage Lemonnier


Le Passage LEMONNIER c'est aussi une question d'hommes et de familles qui de son origine à aujourd'hui en ont assuré la construction, le financement, la gestion, la transformation etc... et plus largement sa pérennité de 1836 à 2011. Le présent article vous permettre de les découvrir.

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Dans les actes constitutifs de la société du Passage LEMONNIER de juillet (société anonyme) et décembre 1836(finalement une société en commandite simple) figurent les noms de 5 fondateurs, de prime abord chacun pour un cinquième : Gérard Théodore NAGELMACKERS, son cousin et associé Joseph Théodore CERFONTAINE, Jean Baptiste HANQUET, Jean-Louis RASSENFOSSE-BROUET et Louis Désiré LEMONNIER.

Il y a cependant un autre fondateur moins connu qui est Joseph FORGEUR. C’est en effet par un arrêt de la Cour d’Appel de LIEGE de janvier 1845 que l’on apprend que début décembre 1836, il achetait à Joseph Théodore CERFONTAINE la moitié de sa participation soit un dixième.

Nous avons aussi retenu dans ce chapitre une autre famille les DUMONT (Eugène et Gustave) qui dès la fin du XIXe (1892) pris une participation importante dans la société du Passage LEMONNIER qui en 1859 adopta sa forme actuelle et ce en acquérant des parts de descendants NAGELMACKERS.

Il est à noter que le Notaire GILKINET qui passa l’acte de 1859 en épousant Isabelle DUPONT n’était autre que le beau-frère de Gérard Théodore NAGELMACKERS et de Joseph FORGEUR tous deux mariés à des DUPONT, Sophie et Eugénie.

Gérard Théodore NAGELMACKERS 1777-1859

Gérard Théodore NAGELMACKERS est né le 6 février 1777 à LIEGE et est décédé au Château d’ANGLEUR, le 25 juillet 1859. Il est le fils de Gérard NAGELMACKERS (1731-1798) et de Marie Lambertine MOUILLARD (1741-1782).

A l’origine de cette véritable dynastie bancaire, il y a Pierre NAGELMACKERS (1705-1780) époux de Jeanne LODEWYX (1705-) d’abord meunier mais qui partit à LIEGE pour débuter le commerce bancaire en 1747 avec son fils ainé Gérard NAGLEMACKERS.

En 1769, son père se retirant des affaires Gérard NAGELMACKERS s’associe à Jacques BLOCHOUSE mais dès 1773, il reprit sa liberté et se fixa dans la maison de l’ « Estrange marchand » rue Souverain Pont où pendant plus de cent ans la banque éponyme développera ses activités nonobstant la période troublée de la révolution liégeoise qui le contraignit avec sa famille a émigré en Allemagne.

A sa mort ses affaires seront reprises par son fils Gérard Théodore NAGELMACKERS. C’est le personnage principal de sa lignée. Il avait épousé en 1802 Catherine BURDO (1780-1810) et en secondes noces en 1817 . Sophie DUPONT (1795-1874). Il deviendra ultérieurement le beau-frère de Joseph FORGEUR par le mariage de ce dernier en 1830 avec la sœur de son épouse Eugénie DUPONT.

Tout en développant ses activités bancaires - après une première expérience avec un autre banquier TERWANGNE (de) - en association à partir du 1ier février 1827 avec Joseph Théodore CERFONTAINE (1795-1855), il joue un rôle politique important : membre du Conseil de régence et du Conseil communal de LIEGE, membre des Etats provinciaux et membre de la deuxième Chambre des Etats généraux des Pays Bas, membre suppléant du Congrès national, Président du Conseil provincial de LIEGE. Il fut aussi Président de la Chambre de Commerce, membre du Comité provincial d’Agriculture, de Commerce et d’Industrie et Administrateur du Mont de Piété. Et ne parlons pas de son rôle durant la Révolution de 1830. Il entre à la Société Littéraire en décembre 1799.

Sur le plan bancaire, au-delà des activités portées par l’association « NAGELMACKERS & CERFONTAINE », il constitua avec d’autres la Banque Liégeoise, caisse d’épargne avant l’heure qui assurera aussi le service des recettes et dépenses de la province de LIEGE. Elle sera par la suite absorbée par le Crédit Général Liégeois.

Il participe à la création de nombreuses activités industrielles et commerciales et citons : les Hauts Fourneaux de DOLHAIN, la Vieille Montagne et la société civile du Passage LEMONNIER. En 1841 NAGELMACKERS & CERFONTAINE sont à LIEGE les banquiers de l’opération favorisée par Léopold I de création d’une compagnie de colonisation à SANTO THOMAS de GUATEMALA. Il sera aussi parmi les constituants de la société des Etablissements J.COCKERILL dont son neveu PASTOR prendra la direction mais aussi de l’Asturienne des Mines et de la société de GRIVEGNEE.

Il était propriétaire du Château d’ANGLEUR et de nombreux autres biens immobiliers dont 1.500 hectares de terres et de bois.

Il joua un rôle important avec son cousin CERFONTAINE dans le création et surtout l’aboutissement du projet du Passage LEMONNIER. Son fils Jules NAGELMACERS (1803-1874) apparaît parmi les membres du nouveau Comité de Surveillance dans l’acte de constitution de la société civile du 2 juillet 1859, Gérard Théodore décédant le 25 juillet. Durant le reste du XIXè et la première moitié du XXè siècles siégeront au seing du Comité de Surveillance Edmond NAGELMACKERS, Jules NAGELMACKERS, Marcel NAGELMACKERS et le dernier Pierre NAGELMACKERS.

Il y a toujours actuellement parmi les sociétaires du Passage LEMONNIER quelques représentants de la famille NAGELMACKERS via la descendance du couple TRASENSTER-NAGLEMACKERS mais cette participation c’est fortement réduite au gré des successions et des choix patrimoniaux des membres de cette famille.

Joseph François Théodore CERFONTAINE 1795-1855

Joseph François Théodore CERFONTAINE est né le 6 mars 1795 à ASCHAFFENBURG. Il est le fils de Théodore CERFONTAINE (1757-1799) et de Marie de LEDUC de SOUGNE (1770-1855).

Son grand père Gilles CERFONTAINE (1726-1796), jurisconsulte et avocat – échevin de FLERON, avait épousé Catherine MOUILLARD (1728-1793) dont la sœur Marie Lambertine MOUILLARD s’était quant à elle mariée à Gérard NAGELMACKERS.

Théodore CERFONTAINE (1757-1799) s’initia au commerce de l’argent auprès de son oncle maternel Gérard NAGELMACKERS banquier à LIEGE qui depuis 1773 avait établi sa demeure et ses affaires dans la maison « l’Estrange marchand » rue Souverain Pont. Pendant quelques années, il fut commis de NAGELMACKERS puis avant 1791, il s’associa à Jean ROBERT. C’est dans la maison de la Rose, en Neuvice que sont établis en 1791 Messieurs ROBERT et CERFONTAINE, marchands banquiers.

Joseph Théodore CERFONTAINE, orphelin de père à 4 ans se maria en 1820 avec Marie Catherine STAS ( 1785-1865) fille de Laurent STAS un important marchant et de Marie-Joséphine PETITJEAN (en descendent les STAS de RICHELLE qui furent faits Chevalier en 1848).

Sous la direction de son cousin Gérard Théodore NAGELMACKERS (1777-1859), il s’initia aux activités bancaires. NAGELMACKERS en raison de ses nombreuses a ctivités notamment politiques et des fils étant trop jeunes avait besoin d’aide. En 1826 était conclu un contrat d’association entre eux sous la raison sociale « NAGELMACKERS & CERFONTAINE » (commissionnaires en fonds, effets publics, négociations) avec prise de cours au 1ier février 1827. L’association se poursuivra jusqu’en 1855 au décès de CERFONTAINE.

C’est dans ce cadre de cette association « NAGELMACKERS & CERFONTAINE » qu’il participera à la création de la société du Passage LEMONNIER en juillet 1836 tout en vendant la moitié de sa participation dès décembre 1836 à l’avocat Joseph FORGEUR. Il participa activement à la gestion de la nouvelle société et à son décès, il sera remplacé par un de ses gendres le Comte Philippe de LIMBURG STIRUM.

Au-delà de développer de nombreuses affaires (voir notamment la construction du chemin de fer du pays de Herve et de Paris-Lyon-Méditerranée avec Hyacinthe RICHARD-LAMARCHE et le Comte de LIMBURG STIRUM), Joseph Théodore CERFONTAINE devint un important propriétaire foncier et il s’était fait construire en 1853, Place Saint Lambert 11-13 un hôtel de maître par l’architecte CLUYSENAER. Par la suite à cet endroit et sur d’autres propriétés sera érigé le Grand Bazar (1885). Ce dernier souhaitant donner à son ensemble une façade uniforme conserva et développa celle que CLUYSENAER avait conçue pour l’hôtel CERFONTAINE. Avec son épouse, il sera aussi propriétaire du Château d’OUGREE. Il devint membre de la Société Littéraire en 1824.

A son décès, le 2 juillet 1855 en son hôtel de la Place Saint-Lambert, CERFONTAINE laissait une fortune conséquente et trois filles Ferdinande CERFONTAINE (1824-1872) qui se maria en première noce avec Constantin BOGAERTS puis veuve elle se remaria en 1855 avec Lucien Comte de LAMBERTYE, Marquis de CONS la GRANVILLE (1808-1896), Caroline CERFONTAINE (1825-1867) qui avait épousé en 1850 Théophile Comte de GELOES (1817-1875) et Marie CERFONTAINE (1826-1899) qui s’était mariée en 1856 à Philippe Comte de LIMBURG STIRUM ( Sénateur – membre de la Société des Bibliophiles Liégeois 1830-1912).

Nombre de descendants de Joseph Théodore CERFONTAINE figurent toujours aujourd’hui par parmi les sociétaires du Passage LEMONNIER et certains ont été et sont toujours associés à sa gestion : le Comte Philippe de LIMBURG STIRUM, le Marquis Raymond de LAMBERTYE, le Marquis Joseph de LAMBERTYE, le Marquis François de LAMBERTYE, le Marquis Jean de LAMBERTYE et le Comte Humbert de MONTS de SAVASSE.




Jean Baptiste HANQUET 1800-1874

Jean-Baptiste HANQUET est né à LIEGE le 3 mars 1800. Il est le fils de Martin HANQUET (1764-1837) et de Anne Marie LAMBINON (1772-1861).

Martin HANQUET fit relief en 1792 du métier de merciers acquis par son père et il exerça aussi le commerce du fer comme marchands de clous. Vers 1796, il avait entrepris le commerce puis la fabrication d’armes. Il fut fondateur de la Chambre de commerce de LIEGE.

Son fils Jean-Baptiste HANQUET fut essentiellement fabricant d’armes. Il avait épousé Jeanne GOSSI qui appartenait à une famille italienne fixée à Saint-GOAR, mais sa mère était née à SOLINGEN, centre de la fabrication des armes blanches. C’est sans doute lors de ses voyages d’affaires qu’il rencontra son épouse étrangère. Le père de sa belle mère Jean-Abraham BELL était banquier dans cette même ville.

Participant à l’association familiale firme « Martin HANQUET & Cie » de 1826 à 1829, Jean-Baptiste HANQUET acquit, en 1829, un terrain en bordure de la nouvelle rue de l’Université et y établit sa fabrique d’armes à feu et son habitation. Cet immeuble sera vendu vers 1875.

Pourtant en 1829, cet endroit était plus un cloaque qu’un centre urbain : bras de rivière se mêlaient aux terrains vagues et à quelques ruelles. La rue de l’Université avait été crée en 1828 sur un de ces biefs, mais il faudra encore attendre 25 ans pour que soit réalisée la rue Cathédrale.

En 1832, il acheta un autre terrain toujours rue de l’Université aux ORBAN et y bâtit une maison. L’année suivante, il acquit la maison joignant et en 1841, il revendit les deux biens.

Si sa production d’armes n’atteint pas le montant impressionnant de la société ANCION, elle est honorable par rapport aux autres fabricants liégeois. En 1849, avec 21.646 armes éprouvées, HANQUET occupe le 4ième rang, après ANCION (79.959), RENKIN frères (37.380) et PIRLOT frères (32.655).

Dès 1843, il siégeait comme syndic du banc d’épreuves et, en 1849, fonda une Mutuelle des Armuriers dont il devint Président.

Il fut aussi Juge au Tribunal de commerce de LIEGE à partir de 1837, puis Président de ce Tribunal ; Administrateur puis Président de la Commission des Hospices civils de LIEGE ; Président d’honneur de la Société de secours mutuels des ouvriers armuriers, Officier de l’Ordre de Charles III d’Espagne etc…Il rentra à la Société Littéraire en janvier 1845.

C’est intéressé à l’essor de ce quartier qu’il figure en juillet et décembre 1836 comme fondateur de la société du Passage LEMONNIER, tout proche de sa demeure.

Son nom apparaît dans différentes courriers échangés dans les années qui suivent la construction du Passage LEMONNIER participant aussi à sa gestion mais très rapidement comme Jean-Louis RASSENFOSSE et Louis-Désiré LEMONNIER, il se retire de l’affaire et conclut un accord financier à ce sujet avec les deux autres associés Gérard Théodore NAGELMACKERS et Joseph Théodore CERFONTAINE. Il faut sans doute y voir la raison de la vente de deux immeubles qu’il possédait rue de l’Université en 1841

Les sociétaires du Passage LEMONNIER ne compte aucun descendant de Jean-Baptiste HANQUET ; il pourtant eu une descendance importante et bien connue à LIEGE par son fils Ferdinand HANQUET (1842 -1909) et son épouse Adèle de COUNE (1841-1906).


Jean-Louis RASSENFOSSE 1800-1850


Jean-Louis RASSENFOSSE est né à Liège le cinquième jour complémentaire de l’An VIII, soit le 22 septembre 1800.

Il est le fils de Louis, Joseph RASSENFOSSE, né le 18 janvier 1770 à Fléron et décédé à BRESSOUS le 11 février 1859, et de Anne de TOMBAY, morte le 13 juillet 1815, dont l’union avait été prononcée à Liège le 29 Thermidor de l’An IV, soit le 16 août 1796.
Anne de TOMBAY était la fille de l’artiste François de TOMBAY, honoré du titre de sculpteur du prince-évêque VELBRUCK le 1er mars 1781.

L’origine du nom RASSENFOSSE se trouve dans l’appellation d’un hameau, plutôt un lieu-dit, proche de l'abbaye du Val Dieu, RASSENFOSSE, autrefois dépendant de la seigneurie de CHARNEUX, au ban de HERVE. Ce nom signifie fosse, ou mine de charbon de terre, de Raes, prénom courant au Moyen-Age dans la principauté de LIEGE, comme WERGIFOSSE veut dire fosse d'Oger et LOVINFOSSE, fosse de Liévin.

Une famille originaire de cet endroit vivait aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au pays de Fléron. Elle fournit à la région quelques personnages marquants, notamment Pierre de RASSENFOSSE, prélocuteur devant les échevins de Liège et échevin de RETINNE à la fin du XVIIe siècle ; un capitaine Henry de RASSENFOSSE, mort en 1663, dont la pierre tombale se trouve encore aujourd'hui au cimetière de la petite église d'ÉVEGNEE ; un autre Henry de RASSENFOSSE, capitaine de RETINNE vers 1700 ; Simon de RASSENFOSSE, bourgmestre de BEYNE vers 1730 ; Sébastien de RASSENFOSSE, capitaine et échevin de RETINNE de 1741 à 1795 ; Étienne de RASSENFOSSE, bourgmestre de BEYNE et mambour de la chapelle du dit lieu, vers 1780 ; André Sébastien de RASSENFOSSE, notaire et procureur.

Ce dernier, capitaine des Volontaires de FLERON lors de la Révolution liégeoise en juillet 1790 , fut élu par le District de VISE membre de la Convention nationale liégeoise, Administration générale du Pays de Liège, en décembre 1792. Fuyant l’occupation autrichienne, il émigra à Paris en mars 1793 avec Lambert Bassenge, Hyacinthe FABRY et l’ensemble des dirigeants révolutionnaires liégeois.

La famille de RASSENFOSSE porte les armes bourgeoises de gueule à cinq fasces fuselées d’argent, chargé en chef d'un lion léopardé passant d’or et en pointe d'un croissant du même, ouvert vers le haut ; cimier, le lion issant.

Ces armoiries se trouvent encore sur la façade arrière d'une ferme au hameau de Surfossé à FLERON. Ce cartouche porte la date de 1742 et, dans les coins supérieurs, les initiales du propriétaire de l'époque « B et R », soit Bastin (ou Sébastien) de RASSENFOSSE, capitaine et échevin de RETINNE.

La particule ayant disparu dans la tourmente révolutionnaire de 1790-1795, le patronyme de RASSENFOSSE a été rétabli dans sa forme primitive par arrêt de la Cour d'Appel de Liège, en date du 26 octobre 1926, opérant la rectification de tous les actes de l'État civil erronés.

Le 5 novembre 1823, Jean-Louis RASSENFOSSE épouse à Liège Jeanne-Marguerite BROUET, née à Charleville (Département des Ardennes) le 26 octobre 1797. Jean-Louis RASSENFOSSE est à ce moment militaire à la 11ème Division, en garnison à Liège, et est domicilié rue Derrière Saint-Martin, 129.

De leur union devaient naître huit enfants : Félix et Gérardine, morts en bas âge, Antoinette, morte à onze ans, Louise (1824-1887), Gustave (1826-1910), Caroline (1828-1906), Jean-Louis-Armand (1836-1899) et Edmond-Louis-Félix (1840-1896).

Jean-Louis RASSENFOSSE quitte l’armée dès après la célébration de son mariage et fonde fin 1823 avec son épouse la Maison RASSENFOSSE-BROUET, commerce de coutellerie, poteries et faïences. Le magasin est installé au n° 34 de la rue du Pont d’Ile.

En 1833, le commerce est transféré rue des Dominicains, à l’ancienne Maison BERNAYS. Puis en 1835-36, Jean-Louis RASSENFOSSE fait bâtir une nouvelle maison rue de l’Université, sur un terrain qu’il acquiert de Madame PIERSON (veuve TOUSSAINT) à la hauteur de la sortie du futur Passage Lemonnier. Il s’agit d’une des premières constructions commerciales dans cette nouvelle rue qui venait remplacer un ancien biez de la Meuse.

Sa maison à peine construite, Jean-Louis RASSENFOSSE s’associe par acte du 28 juillet 1836 passé devant le notaire RENOZ, avec les banquiers Gérard NAGELMACKERS et Théodore CERFONTAINE, le négociant Jean-Baptiste HANQUET et l’architecte Louis-Désiré LEMONNIER, en vue d’établir un passage couvert entre le Vinâve d’Ile et la nouvelle rue de l’Université.

Jean-Louis RASSENFOSSE avait été déclaré adjudicataire de la construction du passage couvert pour 690.000 francs. Malheureusement, il ne réussit pas à mener l’entreprise à bonne fin. Le 18 mars 1838, après dix mois de travaux, la société lui avait payé 651.000 francs et, le chantier ayant manifestement été mal évalué, il restait pour plus de 350.000 francs de travaux à exécuter.

Jean-Louis RASSENFOSSE, se trouvant dans l’impossibilité de remplir ses engagements, parvint toutefois, on ne sait trop comment, à se libérer de ses obligations et la Société du Passage se chargea de terminer les travaux.

Il trouve toutefois les fonds pour relancer son affaire et achète l’ancien dépôt de la Maison Petrus REGOUT, fabricant de MAESTRICHT qui y avait établi les réserves liégeoises de ses faïenceries, immeuble situé au coin de la rue Souverain Pont (ancien numéro 317) et de la rue Lombard. Jean-Louis RASSENFOSSE avec son épouse y installent leur commerce de coutellerie et faïences, sous l’enseigne A la Corbeille de Fleurs.

Le 7 mars 1850, Jean-Louis RASSENFOSSE meurt, suivi dans la tombe par sa femme quelques mois après. Leurs enfants majeurs, soit Louise, mariée depuis 1848 au docteur Charles DEJARDIN, Gustave et Caroline, reprennent l’affaire, mais nous ignorons qui tient réellement le magasin à cette époque.
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Jean, Louis, Armand RASSENFOSSE, né le 28 mai 1836, reprend finalement seul les affaires de feus ses parents, le 19 août 1860. Il épouse le 11 octobre 1860 Thérèse FLEURY, de trois ans sa cadette. De leur union naît à Liège, le 6 août 1862, le futur peintre et graveur Armand RASSENFOSSE.



Louis-Désiré LEMONNIER 1800-1862


Nous ne savons malheureusement pas grand-chose sur Louis-Désiré LEMONNIER qui fut pourtant, et sans doute, le concepteur du projet de construction d’un passage couvert à LIEGE et qui portera son nom. Il s’inspira paraît-il du Passage des Panoramas à PARIS transformé en 1834 dans un style néo-classique.

Cité comme architecte Louis-Désiré LEMONNIER fut ingénieur principal à l’Administration du Chemin de Fer de l’Etat. Il est né à MONS en 1800 et il est décédé à BRUXELLES le 12 avril 1862. Comme deux de ses associés dans ce dossier RASSENFOSSE-BROUET et HANQUET, il habitait rue de l’Université.

C’est, a-t-on raconté, avec la collaboration de Henri-Victor BEAULIEU, architecte de la ville, que fut édifié le passage.

L’on ajoute que, quand il s’est agi de lui donner une dénomination, les deux auteurs s’en seraient remis au sort.

Le nom de Beaulieu serait alors resté dans l’urne fatidique et la galerie aurait alors été baptisée Passage LEMONNIER.

Cette belle légende est cependant contre dite par la teneur des actes constitutifs de la société de juillet et de décembre 1836. Dans l’acte du mois de juillet il est question de la création de la société du Passage LEMONNIER et dans l’acte de décembre on parle de la construction d’un passage couvert nommé « Passage LEMONNIER ».

Nous avons trouvé quelques références à Louis-Désiré LEMONNIER dans le récent ouvrage (2008) édité par la Commission royale d’histoire sous le titre « Une vie au fil des jours, Journal d’un notable politicien et naturaliste Michel-Edmond de SELYS-LONGCHAMPS (1823-1900) ».

Il y est question le vendredi 7 avril 1843 d’une visite de Louis-Désiré LEMONNIER au Baron Michel-Edmond de SELYS-LONGHAMPS dans son château de LONGCHAMPS près de WAREMME et ce dans les termes suivants :

« M. LEMONNIER est venu. Nous avons décidé tout ce qu’il y avait à faire au bâtiment pendant mes six semaines d’absence. Nous sommes retournés le soir à LIEGE. M. LEBEAU était dans la même voiture ».fake rolex


Une nouvelle visite mentionnée en date du vendredi 28 novembre 1845 :

« M. LEMONNIER est venu. Il paraît que l’on va commencer sous peu la démolition de la moitié de l’ancien palais des princes-évêques de LIEGE. Je compte faire contre cela une démarche auprès de l’Académie ».

Il est encore question de contacts en juin, août et décembre 1846 mais aussi en décembre 1849, mai 1850 et janvier 1851 et de plusieurs dîners auxquels participent LEMONNIER.

Pour ce qui est de Henri-Victor BEAULIEU c’est en 1826 qu’il devint architecte de la Ville de LIEGE. On le retrouve dans d’autres dossiers importants de l’époque tels que par exemple le percement de la rue Cathédrale ou encore dans le dossier de l’aménagement de la dérivation.


Joseph FORGEUR 1802-1872

Joseph FORGEUR est né le 31 juillet 1803, il est le fils de Jean FORGEUR rentier (1766-1855) et de son épouse Marie-Catherine HUMBLET (1783-1855).

Docteur en droit de l’Université de LIEGE, il s’inscrivit au barreau de LIEGE dès le mois d’août 1824. Il joua un rôle dans les évènements de 1830 à LIEGE et fut élu membre du Congrès national pour le district de HUY. Il fut un des quatre secrétaires de cette assemblée.

Il fut membre du Conseil communal de LIEGE et pendant plusieurs années Bâtonnier de l’Ordre des Avocats.

Elu en 1851 Sénateur, son mandat fut à plusieurs reprises renouvelé (1851-1872). Il présida aussi l’Association libérale de LIEGE.

Ses nombreuses occupations ne l’empêchèrent pas de s’intéresser aux affaires industrielles. Il fut Président du Conseil d’administration des Chemins de fer de BRAINE le COMTE à GAND, Administrateur des Charbonnages de Patience et Beaujonc à GLAIN-lez-LIEGE, du Charbonnage de la Chartreuse et Violette, de la société métallurgique de CORPHALIE, des Usines à Zinc de la Vieille-Montagne, des hauts fourneaux et fonderies de DOLHAIN, de la société du chemin de fer de PEPINSTER, de la société des tramways liégeois…….

En récompense de ses services, le Roi Léopold II lui accorda concession de noblesse et du titre de baron en 1872 pour lui et toute sa descendance.

Il avait épousé en 1830 Eugénie DUPONT (1810-1879) fille de Quirin DUPONT (1768-1848) Président à la Cour d’appel de LIEGE et de Elisabeth FABRY (1766- ) ; le père de cette dernière n’étant autre que Jacques-Joseph (de) FABRY Bourgmestre de LIEGE en 1770-1783-1789 et 1790. Et n’oublions pas que la sœur d’Eugénie DUPONT, Sophie fut la seconde épouse de Gérard Théodore NAGELMACKERS.

Descend aussi du couple DUPONT-FABRY, une autre fille Marie-Elisa qui épousa Everard DUPONT Professeur de Droit et Recteur de l’Université de LIEGE dont un fils Emile DUPONT, Avocat, Sénateur , Vice-Président du Sénat et Ministre d’Etat. Une fille de ce dernier Valérie DUPONT épousa Emile DIGNEFFE (1858-1937) avocat, industriel, Sénateur (1919-1936), Président du Sénat et Bourgmestre de LIEGE (1921-1928).rolex submariner replica


Joseph FORGEUR est le fondateur surprise de la société du Passage LEMONNIER. Pour des raisons qui lui sont propres, il ne veut pas apparaître et ne figure donc pas dans les actes de constitution de juillet et décembre 1836.

Mais dès le début du mois de décembre 1836, il acquiert au banquier Joseph-Théodore CERFONTAINE la moitié de la participation de ce dernier. Cela ressort d’un arrêt de la Cour d’appel de LIEGE du 22 janvier 1845. Il a des liens étroits avec lui car son beau-frère n’est autre que Gérard Théodore NAGELMACKERS lui-même apparenté à CERFONTAINE.

Il apparaîtra aussi dans différents courriers comme avocat de la société.

Dans l’acte de constitution de la société civile en 1859, Joseph FORGEUR figure parmi les fondateurs et il siègera au sein du Comite de Surveillance de 1859 à 1868, année auquel il se fit remplacer par son fils Albert FORGEUR.

Il habitait à la fin de sa fille rue du Pot d’Or et avait une résidence à EMBOURG, au lieu dit Sart, domaine de la Hoëgne.

Les sociétaires actuels comptent de très nombreux descendants du BARON FORGEUR (Joseph) via la descendance de deux de ses enfants la Baronne Marie FORGEUR (1840-1928) qui avait épousé Lucien SMITS (1843-1904) le Baron FORGEUR (Albert 1845-1924) époux de Zoé BREULS (de TIECKEN 1841-1886).replica U boat watches


Plusieurs d’entre eux ont siégés au sein du Comité de Surveillance : Baron Albert FORGEUR, Baron Georges Albert FORGEUR, Baron Edgard FORGEUR, Baron Baudouin FORGEUR et Baron Michel de FIERLANT.


Gustave DUMONT 1821-1891 et Eugène DUMONT - 1897

La famille DUMONT arrive dans l’actionnariat du Passage LEMONNIER en 1892 et il faut noter la présence aux Assemblées générales de Madame Gustave DUMONT et de Madame Eugène DUMONT. La plupart des parts qui seront achetées par la famille DUMONT (et descendance) le seront à la famille NAGELMACKERS.replica burberry


Gustave DUMONT (1821-1891) et Eugène DUMONT ( - 1897) sont les fils de Barthélémy DUMONT (1775-1837) et de Catherine JONNIAUX (1791-1853) qui exploitaient l’hôtel de la Couronne Impériale quai sur Meuse.

Mais aussi les neveux de André DUMONT l’illustre géologue dont la statue trône Place du XX août à LIEGE. Ce dernier s’était occupé en 1851 de la question d’amener l’eau à LIEGE et travail repris par Gustave DUMONT qui mena à bien à la demande des autorités communales la mise en place d’un réseau de distribution d’eau potable à partir de captages dans le sous-sol de la HESBAYE.

Ingénieur honoraires des mines en 1845 il fut conservateur des collections du cabinet de minéralogie et de géologie de l’Université. Il abandonna ses fonctions à l’Administration des mines pour se consacrer exclusivement à l’industrie. D’abord attaché aux mines de VEDRIN puis à la société de CORPHALIE il fut ainsi le fondateur et Directeur général en 1856 des Usines de SCLAIGNEAUX sous la dénomination SA métallurgique DUMONT Frères où l’on traitait le zinc, le plomb et l’argent. A son décès SCLAIGNEAUX fournit les neuf dixièmes de la production du pays dans le domaine du plomb et de l’argent. Le zinc viendra en 1875.rolex replica watches


Il avait épousé Marie-Louise COLLIGNON (1842-1913) et leurs deux filles Juliette DUMONT (1857-1952) et Mariette DUMONT (1869-1928) épousèrent respectivement Alfred LAMARCHE (1867-1951) et Jules LAMARCHE (1869-1952) qui devinrent eux aussi sociétaires par la suite.

Pour sa fille Juliette, il acheta en 1889 le Château de HALTINNES ; sa fille Mariette sera quant à elle propriétaire du Château de VIERSET.

Descendent des ces deux couples LAMARCHE-DUMONT de nombreux sociétaires de la société civile du Passage LEMONNIER.

Quant à Eugène DUMONT ( - 1897) il fut aussi ingénieur honoraire des mines en 1873. Ingénieur principal à l’Administration des télégraphes, il participa avec son frère Gustave DUMONT au lancement et au développent des Usines de SCLAIGNEAUX.

Il sera propriétaire du Château de TRAZEGNIES à SCLESSIN une charmante gentilhommière de styles Louis XIV acquise en 1875.

Il avait épousé Héloïse REMONT ( - ) et leurs deux filles Augustine DUMONT (1857-1914) et Céline DUMONT (1858-1933) épousèrent respectivement Edouard HUWART ( - 1931) et Armand PIRLOT (1855-1920).

La société civile du Passage LEMONNIER compte toujours des descendants du couple HUWART-DUMONT parmi ses sociétaires.

Des représentants de la descendance DUMONT siègent au sein du Comité de Surveillance depuis 1968 en la personne de André Marie LAMARCHE et ensuite de Yves LIENART van LIDTH de JEUDE.


Louis DABIN 1895-1966



Louis DABIN est en 1895. Il est le fils de Henry DABIN et de Victorine BOSERET. Ces derniers avaient quatre fils Jean qui sera Professeur de droit à l’UCL, Paul Jésuite, Edmond Chanoine à la Cathédrale de LIEGE et Louis.

Louis DABIN sera volontaire de guerre 14-18 et fait prisonnier sur l’Yser. En captivité en Allemagne, en raison d’un début de tuberculose et grâce au soutien de la Croix Rouge suisse, il pourra finir la guerre dans ce dernier pays à MONTANA.

A son retour à LIEGE en 1918, tout en faisant des études de droit il entre dans l’affaire familiale la Maison d’Edition musicale MURAILLE rue de l’Université à LIEGE tenue par son père.

Par la suite il entre à la Banque Liégeoise pour s’occuper du contentieux et dont un des Directeurs est Georges de LANNOY le père de sa future épouse.

Il n’est pas inutile de rappeler ici que Marguerite de LANNOY descend par sa mère CARTYUYVELS de la famille ORBAN, celle qui dans les années 1820-1830 va acheter, combler, assainir et valoriser avant de les revendre la plupart des terrains sur lesquels seront construits le Passage LEMONNIER.

Quelques années plus tard Henry DELATTRE un des gendres de Jules LAMARCHE lui demande si « il est toujours marié avec la banque ».

En effet le Régisseur des biens de la famille LAMARCHE Joseph RAICK prend sa retraite et il faut lui trouver un remplaçant. Joseph RAICK était par ailleurs sociétaire de la SC du Passage LEMONNIER et il apparaît comme mandataire des familles DUMONT et LAMARCHE lors de plusieurs Assemblées générales.

C’est dans le prolongement qu’en 1933, lorsque Monsieur LEGRAND Directeur gérant de la SC du Passage LEMONNIER de l’époque décède que par l’intermédiaire de la famille LAMARCHE, Louis DABIN est proposé et élu lors de l’Assemblée générale du 30 mai 1933 comme Directeur Gérant. Par la suite il deviendra aussi sociétaire.

S’ouvre alors un règne de 30 ans avec deux points forts d’une part entre 1934 et 1938 ce gigantesque chantier que fut la transformation complète du Passage LEMONNIER dans la forme et le style que nous lui connaissons aujourd’hui pour une très grande partie avec le concours de l’architecte Henri SNYERS et de l’entrepreneur Théo HALLEUX et d’autre part la seconde guerre mondiale.

Cette dernière verra la destruction pour une grande partie de l’immeuble du Vinâve d’Ile lors des bombardements du 25 mai 1940 sans oublier les dégâts occasionnés à la verrière à la fin de la guerre par un V1 tombant à proximité. Mais au-delà de tout le suivi immobilier il y aura la gestion du Passage dans des conditions particulièrement difficiles pour nos locataires.

C’est en 1963 que Louis DABIN prend sa retraite et un hommage soutenu lui est rendu lors de l’assemblée générale du 12 mars 1963. Il est vrai qu’il a joué un rôle important dans la vie de la société civile du Passage LEMONNIER :

- restauration de l’ensemble des immeubles
- suppression et remplacement par des plans inclinés des escaliers aux entrées du Passage et qui rebutaient la clientèle
- construction d’une cabine à haute tension
- modernisation des galeries et de la salle de la LEGIA
- gestion de l’un ou l’autre procès ou autres procédures notamment avec le fisc et suivi utile des nouvelles législations notamment en matière fiscale mais aussi en matière de baux commerciaux
- gestion utile de la société pendant la période de guerre

Comme le précisa le Baron Edgard FORGEUR : « The right man in the right place » pour insuffler une nouvelle jeunesse au Passage LEMONNIER, pour augmenter sa valeur commerciale en le plaçant à la hauteur des exigences modernes. Il décèdera en 1966.

Il est remplacé par son fils Pierre DABIN, Docteur en droit qui avait fait son stage comme avocat chez Maître Albert MATRAY et qui avait collaboré avec Maître Edouard BOURS.
Il est aujourd’hui avocat honoraire.

C’est durant son mandat qu’en 1978, en parallèle à la réalisation de la mise en piétonnier du Vinâve d’Ile, que les étages de l’immeuble que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Résidence BEAULIEU furent reconstruits sans oublier la transformation du bâtiment de la rue de l’Université en logements sous le nom de Résidence LEMONNIER quelques années auparavant.

Notons aussi l’aménagement de la verrière dans sa forme actuelle de même que la rotonde et la rénovation de la salle de la LEGIA.

En 1997,Laurence DABIN succèdera à son père et décèdera prématurément fin de l’année 2006 après avoir assurer au mieux la continuité du Passage et envisageant l’un ou l’autre projet de développement.